Espérer dans un temps de canicule ?

Face à la surchauffe du monde et à l’épuisement de nos modes de vie, trois défis nous interpellent : politique, civilisationnel et spirituel. À la lumière de l’enseignement de Jésus, l’article invite à ralentir, à écouter et à renouer avec une vie plus sobre, ouverte aux autres et au monde vivant.

En cet été 2026, les canicules se sont enchaînées en battant tous les records historiques de températures enregistrées. La sécheresse est venue aggravée cette crise climatique et nous avons vu des paysages d’automne au mois de juillet. Cette situation, annoncée par des scientifiques depuis plusieurs décennies, a de quoi nous inquiéter. Nous faisons l’épreuve d’un phénomène de surchauffe qui n’est pas seulement climatique car il est aussi économique. Nous vivons dans une société industrielle et numérique, productiviste, qui pousse à la consommation de façon effrénée et qui nous conduit à la consumation du monde. Fin juillet, nous avons atteint le « jour du dépassement » : l’humanité a consommé en sept mois l’ensemble des ressources écologiques annuelles que la Terre peut régénérer. De plus cette date ne cesse de reculer. Une troisième dimension de cette surchauffe, que je qualifierais de psychique, est désignée par l’expression anglaise de burnout qui signifie littéralement « être grillé » ; beaucoup d’entre nous sont passés par cet état d’épuisement souvent lié à l’activité professionnelle. Ce tableau général est préoccupant ; il est suffisamment grave pour remettre en question nos modes de vie. Comment pouvons-nous dans ces conditions envisager un avenir soutenable, viable et pérenne, probablement différent.

 

 

Ces trois dimensions de surchauffe sont liées les unes aux autres ; elles s’inscrivent dans un développement qui fait système et dont la logique profonde est sacrificielle. Nous sommes capables aujourd’hui, sur l’autel de la toute-puissance – une inclination à satisfaire nos désirs sans aucune limite – de sacrifier ce qui nous est le plus cher, la vie.

 

Nous avons trois défis à relever au milieu de cette surchauffe. Il y a d’abord un défi politique. Quelle est notre capacité collective à protéger et garder la vie ? Un deuxième défi est civilisationnel, plus profond et encore plus difficile à appréhender, c’est celui de nos valeurs. Quelles sont les valeurs les plus importantes que nous souhaitons mettre au premier plan. Aujourd’hui, nous consumons le monde, alors que nous aurions plutôt besoin d’une sobriété heureuse ; or, nous en sommes loin. Enfin, nous sommes face à un défi spirituel. Dans une société où nous nous épuisons, où nous ne sommes plus en mesure de porter une vie quotidienne de façon épanouie, comment trouver une voie de salut ? Peut-être faut-il simplement nous arrêter, nous mettre à l’écoute et prendre le temps de contempler le monde qui nous est offert.

 

 

 

 

Dans une perspective chrétienne me vient à l’esprit cette parole de Jésus s’adressant aux foules : « Que sert-il à un homme de gagner le monde entier s’il perd son âme ? » C’est pour nous une interpellation. Qu’est-ce qui est au cœur de notre existence ? Jésus a enseigné ce qui devait être au centre de notre vie afin qu’elle soit épanouie : non pas être replié sur soi, préoccupé de soi-même, mais être ouvert au monde reçu comme un cadeau qui suscite notre reconnaissance. Jésus le dit dans des termes qui sont connus, ceux de l’amour : aimer Dieu, le créateur et aimer son prochain qui n’est pas seulement son voisin, sa voisine, celui ou celle qui est sur ma route ou qui partage mon quotidien, mais aussi un prochain animal, végétal et minéral, c’est-à-dire notre milieu de vie.

Cela me semble être l’exhortation énoncée par le Christ, qui l’introduit par l’impératif d’écouter : « Ecoute le Seigneur notre Dieu, le Seigneur est un ». L’écoute est une ouverture au monde ; à l’opposé d’un esprit de domination, c’est une attitude d’accueil qui nous libère de l’obsession de nous-mêmes.

En suivant la voie ouverte par Jésus, en cultivant cet amour auquel il appelle, les chrétiennes et les chrétiens peuvent être une force qui puise aux sources de la vie, une force de réconciliation et d’unité.

 

Osons laisser de côté ce qui nous accapare (les écrans par exemple ou la course à l’efficacité), prenons le temps du repos, prenons le temps de l’écoute et de la contemplation, émerveillons-nous des choses les plus simples, les plus ordinaires, à portée de notre regard. Nous avons besoin de simplifier notre cadre de vie et nos modes de vie. Jésus-Christ nous engage sur cette voie libératrice.

 

Marc Frédéric Muller

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