Les « zones bleues » n’existent pas

Longtemps présentées comme des lieux où l’on vivrait exceptionnellement longtemps, les « zones bleues » sont aujourd’hui contestées. Des erreurs dans les registres et les recensements pourraient expliquer ces records de longévité — et nous rappeler l’importance de prendre soin les uns des autres.

Vous vous désolez peut-être de ne pas être né au bon endroit, dans ces pays bénis où la longévité bat des records. À moins que vous ne vous en réjouissiez, parce que la perspective de devenir centenaire ou supercentenaire — plus de 110 ans — ne vous égaye pas, ou que vous soyez pressé de rejoindre votre Créateur… En tout cas, les études qui annonçaient des vieillesses extrêmes dans certaines régions de la planète sont remises en question. L’île grecque d’Ikaria, les villages de montagne de Sardaigne, l’île d’Okinawa au Japon, la péninsule de Nicoya au Costa Rica et Loma Linda en Californie, désignés comme des « zones bleues » par les démographes, auraient détenu les secrets de la longévité. Mais un chercheur en sciences sociales à Londres, Saul Newman, a relevé des erreurs méthodologiques qui fragilisent ces affirmations.

 

Il a découvert que 30 000 Italiens qui réclamaient une pension étaient décédés, que 42 % des Costariciens de plus de 99 ans avaient « mal » déclaré leur âge, que 230 000 centenaires japonais étaient imaginaires et que des centenaires grecs étaient morts… ou fraudeurs. La « zone bleue » de Californie aurait été une arnaque montée par un journaliste qui voulait faire breveter cette appellation ! Les calculs refaits pour le Costa Rica ont fait passer le pays, en matière d’espérance de vie, de la première place mondiale à la fin de la liste. À Okinawa, les actes de naissance, de mariage et de décès étaient enregistrés à la main par les familles avant d’être conservés dans les mairies, ce qui pouvait favoriser les erreurs. La Seconde Guerre mondiale y ayant fait disparaître des villes et des villages entiers avec leurs archives, les recensements repris ensuite à partir des souvenirs des survivants ont été problématiques : les Américains chargés de les effectuer ne parlaient pas japonais et utilisaient un calendrier différent. Même aux États-Unis, les registres de naissance ont longtemps été de piètre qualité.

 

On avait voulu associer ces longévités exceptionnelles à la qualité de vie dans les cinq zones. Cette croyance est elle aussi mise à mal : la Sardaigne, Ikaria et Okinawa seraient des régions peu éduquées, très criminelles et peu saines dans leurs pays respectifs. Bref, ces durées de vie extraordinaires seraient surtout dues à une mauvaise tenue des registres. Il serait plus probant de mesurer directement l’âge. En résumé, réjouissez-vous plutôt d’habiter un pays qui a instauré la Sécurité sociale et dont les hôpitaux, quoiqu’on en dise, sont de bonne qualité. Défendez aussi l’idée qu’il faut se préoccuper des risques liés au changement climatique et de ce qui l’accompagnera : catastrophes « naturelles » et risques sociaux pour les populations vulnérables. Seule une coopération mondiale pourra éviter une chute brutale de notre espérance de vie en bonne santé. Et si cet aspect politique, au sens large, ne vous parle guère, prenez au moins soin de votre voisin ou des personnes isolées autour de vous. Cela fera augmenter non seulement leur espérance de vie et la vôtre, mais aussi la qualité de vos relations : la joie est le meilleur des médicaments anti-âge !

 

Marie-Christine Michau

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