Le « chemin du Paradis » à Lougres
À l’initiative des pasteurs de l’Aire urbaine Belfort-Montbéliard-Héricourt, des visites de nos temples sont proposées. Est-ce bien utile ? s’interrogeront les plus sceptiques… Une anecdote offre une ébauche de réponse. L’auteur de ces lignes avait entendu parler d’un escalier menant au cimetière de Lougres, juché sur la colline surplombant le village, où se trouvait l’ancienne église dédiée à Saint Hilaire, démolie au début du XIXᵉ siècle en raison de son exiguïté et de sa vétusté. Les anciens du village se souviennent vaguement d’un mauvais escalier que plus personne n’emprunte, mais il ne reste aucune trace de cette ancienne église, pas même une gravure. Les civilisations sont mortelles et les souvenirs fugaces. Il s’agit donc d’organiser une opération de repérage des lieux et de récolte des informations. Un sentier balisé et fauché permet effectivement de gravir la colline et d’atteindre le mur d’enceinte du cimetière et de l’ancien sanctuaire ; ce mur a conservé toute sa prestance. Une visite du site est donc possible. Le 25 juillet, une dizaine de participants se retrouve au temple. Après s’être remémoré les « Psaumes des montées » de la Bible, le groupe entame une ascension qui reste symbolique. Au sommet de la colline, on croit deviner la trace du « sentier du curé », qui permettait au prêtre desservant la paroisse de Montenois de venir célébrer la messe dans l’ancienne église de Lougres, alors même qu’il n’y avait plus de catholiques au village, durant l’occupation française du XVIIIᵉ siècle. Les questions d’appartenance de la seigneurie du Châtelot à cette époque ont suscité troubles et persécutions religieuses : le roi de France revendiquait ce territoire et entendait y rétablir le catholicisme romain. Les églises de la seigneurie ont connu un temps la pratique du simultaneum — le culte des deux confessions y était célébré — avant que le culte protestant y soit interdit.