Les temples de l’été

À Lougres, une visite du temple et du cimetière perché sur la colline a conduit les participants sur les traces d’une ancienne église aujourd’hui disparue. Une découverte mêlant mémoire locale, histoire religieuse et patrimoine architectural.

Le «  chemin du Paradis » à Lougres

À l’initiative des pasteurs de l’Aire urbaine Belfort-Montbéliard-Héricourt, des visites de nos temples sont proposées. Est-ce bien utile ? s’interrogeront les plus sceptiques… Une anecdote offre une ébauche de réponse. L’auteur de ces lignes avait entendu parler d’un escalier menant au cimetière de Lougres, juché sur la colline surplombant le village, où se trouvait l’ancienne église dédiée à Saint Hilaire, démolie au début du XIXᵉ siècle en raison de son exiguïté et de sa vétusté. Les anciens du village se souviennent vaguement d’un mauvais escalier que plus personne n’emprunte, mais il ne reste aucune trace de cette ancienne église, pas même une gravure. Les civilisations sont mortelles et les souvenirs fugaces. Il s’agit donc d’organiser une opération de repérage des lieux et de récolte des informations. Un sentier balisé et fauché permet effectivement de gravir la colline et d’atteindre le mur d’enceinte du cimetière et de l’ancien sanctuaire ; ce mur a conservé toute sa prestance. Une visite du site est donc possible. Le 25 juillet, une dizaine de participants se retrouve au temple. Après s’être remémoré les « Psaumes des montées » de la Bible, le groupe entame une ascension qui reste symbolique. Au sommet de la colline, on croit deviner la trace du « sentier du curé », qui permettait au prêtre desservant la paroisse de Montenois de venir célébrer la messe dans l’ancienne église de Lougres, alors même qu’il n’y avait plus de catholiques au village, durant l’occupation française du XVIIIᵉ siècle. Les questions d’appartenance de la seigneurie du Châtelot à cette époque ont suscité troubles et persécutions religieuses : le roi de France revendiquait ce territoire et entendait y rétablir le catholicisme romain. Les églises de la seigneurie ont connu un temps la pratique du simultaneum — le culte des deux confessions y était célébré — avant que le culte protestant y soit interdit.

Le temple de 1823, témoin du patrimoine montbéliardais

Par mesure de prudence, les marcheurs empruntent le chemin moderne et goudronné pour regagner le temple actuel, autour duquel sont groupées les fermes tripartites — logis, grange médiane, étable — typiques du Pays de Montbéliard et presque toutes désaffectées. Le temple, construit en 1823 et soigneusement restauré par la commune, est un témoin privilégié et préservé de l’architecture religieuse du Pays. Sa haute tour est couronnée d’un clocher comtois recouvert de tuiles vernissées. À l’intérieur, l’ensemble s’organise autour d’une chaire très haut perchée. Au pied de l’escalier se trouve la sacristie à claire-voie, traditionnellement installée à cet endroit dans les temples montbéliardais. L’autel de pierre a fière allure ; à sa base, un trou rond, bouché par une plaque de bois garnie d’une boucle de fer, était destiné à recevoir le pied de l’arbre de Noël. Le regard des participants est attiré par la Bible déposée sur la table de communion : c’est la fameuse traduction d’Ostervald (Neuchâtel, 1744), dans un remarquable état de conservation et enrichie des réflexions rédigées par Ostervald sur chaque chapitre. Le groupe en lit quelques extraits.

 

©Yvan BOURQUIN

 

 

Les visiteurs partagent le verre de l’amitié — du vin en provenance de Neuchâtel, comme la Bible — avec quelques flûtes au sel, comme il se doit. L’expression « le verre » n’est pas abusive : le guide a oublié les gobelets… La discussion roule ensuite sur les sources de la Saine-Fontaine, au sud du village, dont les eaux passaient, du XVIᵉ au XVIIIᵉ siècle, pour avoir des vertus curatives contre les affections oculaires et urinaires.

 

L’escalier du Paradis a-t-il bien été descendu ?

 

Yvan BOURQUIN

 

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