Beaucoup de personnes s’inquiètent des menaces qui semblent peser sur les régimes démocratiques. Un faisceau de facteurs interroge.
Dans plusieurs Etats connus pour leurs régimes démocratiques libéraux, la tentation de l’autoritarisme s’installe insidieusement.
Des forces politiques s’emparent de la parole pour la manipuler, par le mensonge si besoin (Clément Viktorovitch).
Des monopoles sur les médias et sur la production culturelle alimentent la négation du réel (Gérald Bonnert).
L’alliance des pouvoirs politiques, économiques et techno-industriels assument une prédation par la remise en question du pouvoir judiciaire et de son indépendance ; elle instaure une stratégie du chaos (Giuliano da Empoli).
Mais, au-delà de problèmes qui relèvent du droit et de la morale, ne risque-t-on pas de sous-estimer les angles-morts propres aux sociétés contemporaines et aux dérives structurelles de leur fonctionnement ? L’emprise technique sur le quotidien installe une servitude volontaire (Jacques Ellul). Elle est entretenue par l’utilisation globalisée d’Internet qui organise une gouvernance par algorithmes. La dématérialisation des démarches administratives, sous couvert d’efficacité, dépouille les services publics et sape leurs missions de proximité.
Le protestantisme a-t-il des ressources spirituelles, bibliques et théologiques pour penser la démocratie aujourd’hui ? Au cours de son histoire, il a vécu sous des régimes divers et sa philosophie politique a évolué. Quel est son regard sur les enjeux démocratiques ?
Croiser les regards, avec une approche inter-convictionnelle, est aussi une démarche nécessaire pour aborder des sujets qui concernent l’intérêt général. La démocratie ne peut pas fonctionner sans écoute, sans prise en compte de la pluralité et de la complexité, sans ouverture à l’altérité.
Sans remettre en question la laïcité, peut-on estimer que pour perdurer et pour se renouveler la démocratie a aussi besoin de religion (Hartmut Rosa) ?
