On a toujours fait comme ça…

Une phrase familière, souvent prononcée pour défendre les habitudes, peut aussi devenir une invitation à réfléchir et à avancer. À travers un souvenir personnel et quelques signes de ponctuation, Anne-Laure Bandelier nous interroge sur notre capacité à faire évoluer la vie de nos Églises.

Cet été, entre deux romans, je suis tombée sur un petit livre de Philippe Delerm (Je vais passer pour un vieux con) que j’ai lu avec plaisir. Dans ce recueil, l’auteur commente des phrases toutes faites qui lui permettent de parler de lui de façon drôle ou mélancolique, avec ironie ou étonnement.

Cette lecture m’a amenée à réfléchir aussi à de petites phrases que nous pouvons entendre autour de nous, dans nos activités d’Eglise par exemple. Et la première qui m’est venue à l’esprit, c’est « On a toujours fait comme ça ».

Volontairement, je ne mets pas de ponctuation à la fin de cette phrase, et, modestement, à la manière de Philippe Delerm, je vais tenter l’exercice de style.



« On a toujours fait comme ça ! »

Je me souviens avoir entendu cette phrase alors que, jeune catéchète, j’assistais à une de mes premières réunions de préparation de l’école biblique. Le pasteur nouvellement arrivé a voulu introduire un changement dans le fonctionnement des séances. Les catéchètes présents (que, pour certains, j’avais connu étant enfant) ont sorti cette phrase magique, sur un ton étonné et quelque peu indigné : « Mais, on a toujours fait comme ça ! ». Le « comme ça » étant la formule utilisée soit-disant depuis des années et fonctionnant toujours très bien…

Il m’avait naïvement semblé à l’époque que des changements n’étaient pas impossibles !

Changer quelque chose dans le fonctionnement habituel peut relancer l’intérêt, pousser à la réflexion, nous faire nous poser les bonnes questions.

Ne pas vouloir changer peut masquer une crainte pour l’avenir, indiquer un besoin d’être rassurés, cacher une implication émotionnelle trop forte.



« On a toujours fait comme ça ? »

Je préfère le point d’interrogation à la fin de cette phrase au point d’exclamation. Pour moi, le questionnement marque la curiosité pour ce qui s’est passé, l’étonnement que cela dure depuis…un certain temps et la volonté d’aller de l’avant, en changeant les choses, beaucoup ou peu.

Un pied vers le passé, un pied dans le présent, et le regard vers l’avenir. Comme un athlète sur la ligne de départ du 110m haies : Ladji Doucouré, champion français, se positionnait dans les starting-blocks et relevait la tête pour fixer les haies et la ligne d’arrivée jusqu’au coup de pistolet du départ. C’était une posture hors du commun ! J’aimais bien…



« On a toujours fait comme ça... »

Ici, la suite appelle un « mais » !

Mais….nous sommes à l’écoute des propositions.

Mais…nous sommes prêts à entendre les objections.

Mais… nous sommes sur le chemin du changement, de la nouveauté.

Mais… nous sommes désireux d’essayer, de tenter, de réfléchir ensemble.

Mais…nous acceptons d’être bousculés dans nos habitudes.

 

Quel signe de ponctuation allez-vous choisir pour la fin de cette phrase en ces temps de réflexion et de projection pour nos paroisses/Eglises locales, pour nos groupes et commissions, pour notre Eglise régionale ?

 

Anne-Laure Bandelier

Présidente du Conseil régional 



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